Avez-vous vu ? Je n'ai toujours pas tranché aussi devrez-vous vous contenter d'un "soixante-cinquième message". Nul titre plus avenant ne vous permettra d'imaginer ce dont je vais vous entretenir.
De toute manière, si vous avez lu mon message précédent, vous le savez déjà. Moi, oie blanche ne connaissant rien à l'économie, bourrée de préjugés et de ce que je croyais être du bon sens, je me suis aventurée depuis quelques jours sur les terres de cette discipline aride.
Tout ceci est arrivé parce que je me suis posé la question de savoir si j'étais véritablement libérale au sens économique ou si j'employais simplement ce terme pour clamer mon exaspération du manque de liberté qui gangrène notre beau pays.
On pourra me reprocher mon inculture crasse et se moquer de moi. Il n'empêche que personne ne mettra en doute ma sincérité et ma volonté d'apprendre. Si la modestie n'était pas ma vertu première, je pourrais vous jeter à la face mes connaissances encyclopédiques dans bien des domaines. Cependant, je clame haut et fort l'indigence de mes connaissances économiques et je n'en ai pas honte.
Plutôt que de feindre de connaître, je m'en remets à des lecteurs plus avisés qui ne manquent pas de m'apporter la contradiction de manière sympathique. J'ai trop pesté contre ces abrutis pour qui les idées remplacent la connaissance. Et non, la bonne volonté et les idées, ne permettent jamais de faire l'économie de l'érudition et de la réflexion.
Ce n'est pas à mon âge vénérable que je vais me transformer en
pasionaria à keffieh pour hurler des slogans vides de sens. L'imprécation n'est pas le style de communication que je préfère. Je lance juste des idées, des réflexions, parce qu'elles me semblent intéressantes et j'attends qu'on m'oppose des arguments intelligents.
Bien sûr, je ne demande pas forcément à changer car comme tout un chacun, je suis fière de mes idées. Mais ma fierté cèdera toujours le pas sur ce que j'estime être la vérité. Maintenant, je vous laisse le bon soin de définir ce qu'est la vérité. Je n'ai aucune envie de me lancer dans un tel débat.
Tout ce que je sais, est que comme Pascal disait : "La vérité est si obscurcie en ces temps et le mensonge si établi, qu'à moins d'aimer la vérité, on ne saurait la reconnaître". Alors à défaut de trouver la vérité éclatante, ma promenade au pays de l'économie me permettra-elle peut-être de m'éloigner du mensonge établi présenté comme une vérité.
A ce titre, j'ai vivement apprécié les deux longs commentaires que m'ont laissés
Laure et
El Gringo lors de la publication de mon "
soixante-deuxième message". Je constate qu'ils m'ont lue patiemment et qu'ils ont eu la même patience pour me répondre. Tandis que la première prend le temps de me faire un véritable cours d'économie, le second illustre son désaccord en me parlant de sa vie.
Alors dans
un des liens que me propose Laure, je lis :
"Comme le dit Frédéric Bastiat, justifiant la moralité de la richesse : "le profit de l'un est le profit de l'autre". On pourrait appeler cela le "paradoxe du riche" : le riche, s'il veut le rester, est obligé de mettre son argent dans le circuit économique, par la dépense ou l'épargne, au bénéfice du reste de la société. Quand on le contraint par la force à le faire (impôt), cela diminue d'autant le volume de cet argent "utile", détourné par la pègre étatique".
Je suis entièrement d'accord avec monsieur Bastiat. Toutefois, j'apporterai deux remarques. D'une part, l'impôt est nécessaire puisque l'état doit faire face à ses prérogatives régaliennes. Prosaïque comme je sais l'être parfois, pour moi l'état devrait être comme mon syndic de copropriété et n'avoir aucune autre prérogatives que l'administration des "biens communs". Mais je pense que là, je rêve un peu. Il y a la politique internationale, les groupes de pression, etc., dont que le citoyen est tôt ou tard pris en ôtage. Trop de personnes ont intérêt à étendre l'influence de l'état pour que ce dernier se cantonne à une saine administration.
Au-delà de ses simples prérogatives, il me semble aussi que l'état ou toute collectivité territoriale a aussi pour mission de huiler les
rouages en achetant la
paix sociale. Certes, je ne puis qu'être d'accord avec Laure, lorsqu'elle me dit :
"Les gens sont souvent focalisés sur les différences de revenu et de richesse, alors que l'important c'est que le niveau de vie augmente et qu'il y ait moins de pauvres, peu importe les différences de revenus ou les "nouveaux riches" que cela suscite".
Le problème qui s'ensuit est que même lorsque tout le monde s'enrichit, la plupart des gens ne sont focalisés que sur les disparités de revenus. La pauvreté en France ferait sourire les indigents de Calcutta, c'est évident. Il n'empêche que pour certains, rouler en Twingo alors que d'autres ont une Ferrari est une injure.
C'est bien pour cela que l'état se doit de huiler les rouages sociaux en sortant de ses strictes prérogatives régaliennes. Confronté aux vilains défauts que sont l'envie et la jalousie, il se doit à défaut de pouvoir les combattre, en réduire la portée. Il faut donc saupoudrer toute politique publique de petits gadgets destinés à prouver aux possesseurs de Twingo que sur ceux qui roulent en Ferrari, pèsent d'autres contraintes.
Cela réduit l'aigreur et la jalousie. Et hop, quelques crèches et maisons de la culture, et le tour est joué, le bon peuple est satisfait. "Panem et circenses" disaient les romains et ils n'avaient pas tort.
A la lecture de ce que m'explique Laure, je ne puis qu'être de son avis et clamer mon libéralisme. Toutefois, ce mot ne prendra sens que lorsque le niveau moral d'une population augmentera autant que la richesse produite. Je pense d'ailleurs que la gauche n'a aujourd'hui rien de moral mais ne fait, la plupart du temps, qu'attiser les plus vilaines passions que sont l'envie et la jalousie.
Peut-être que les libéraux, trop englués dans la science économique ont oublié d'imposer un volet philosophique à leurs théories. L'affectif est un vecteur toujours plus profitable pour imposer ses idées que les grandes théories. Si comme me le dit Laure, le libéral a le souci d'autrui, je trouve qu'il ne se méfie pas assez des jaloux. Je le trouve parfois candide mon ami libéral.
Je terminerai ce message très long en mettant un second bémol. Bastiat dans sa sagesse reste limité par la réalité de son époque. Ainsi lorsqu'il explique :
"le riche, s'il veut le rester, est obligé de mettre son argent dans le circuit économique, par la dépense ou l'épargne, au bénéfice du reste de la société", je suis d'accord.
Mais la demoiselle inexperte en économie réfléchit tout de même. Comme elle adore lire, elle lit tout ce qui tombe entre ses mains, et même les brochures réalisées par les grandes surfaces. Et là, elle constate que la plupart des produits dans lesquels le riche pourrait investir ne sont pas fabriqués en France. D'ailleurs, le pauvre n'échappe pas à ceci puisqu'il ira dépenser son SMIC ou son RMI dans des produits fabriqués ailleurs aussi (électronique, etc.).
J'aurais le même raisonnement concernant l'épargne. Tant que cette épargne profite aux affaires, quelle bonne chose. Toutefois, la nunuche que je suis, se demande si de nos jours cette épargne n'est pas investie dans des "produits" qui n'ont pas suffisamment de liens avec l'économie.
Entre les produits dérivés de produits dérivés concoctés par nos sympathiques ingénieurs de l'X et les fonds de pension, mon sentiment est que la spéculation sauvage a pris le pas sur l'épargne et l'investissement classiques. Toute cette spéculation me semble bien loin des réalités économiques, un peu comme si je décidais de placer mes maigres économies en investissant à Atlantic City. Certes, quand cela paye, la roulette est plus favorable que le livret A mais serait-ce raisonnable ?
Dès lors, tout ceci n'est-il pas contre-productif et dévoreur de valeur ajoutée ? Vous aurez noté que je viens d'employer le terme de "valeur ajoutée" ce qui vous prouvera que l'on peut avoir fait "lettres" et se tenir au courant. J'ai des yeux pour voir et ce que je constate, c'est que si le niveau de vie du chinois de Shanghai augmente, le nôtre régresse. Encore une fois, à moins que je ne confonde libéralisme et mondialisation, je ne vois pas d'effets très bénéfiques pour le moment.
A l'aune de ce que m'explique Laure, je me sens en adéquation avec ses idées. Toutefois, j'ai toujours en tête les paramètres "moraux" de l'économie. Si je reste une fervente admiratrice du capitalisme entrepreneurial illustré par les grandes figures connues tels que Ford et consorts, je reste méfiante vis à vis de la financiérisation de la vie des affaires. Je trouve que ce système libéral fonctionne bien sur le papier. Toutefois, à la marge je retrouve deux engeances, en bas le jaloux préférant voler que travailler, et en haut l'avide confondant investissement et spéculation.
Et songeant aux avides, aux rapaces, à ceux qui imaginent que l'on peut gagner de l'argent sans songer à ses concitoyens, je me demande parfois si Lénine n'avait pas raison lorsqu'il déclarait à propos des capitalistes :
"Ils sont si bêtes qu'ils nous vendront la corde pour les pendre"